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| Christine Lagarde, une ennuyeuse continuité de pensée au FMI |
La prestation de Christine Lagarde était très attendue pour sa première assemblée annuelle à la tête du FMI. La nouvelle directrice générale a multiplié les messages d'espoir, mais son discours est paru trés vite redondant et incantatoire. Et inévitablement européo-centrée. Mais cette fois au moins le délabrement de la zone euro le justifiait. Le FMI parait bien en décalage avec le monde tel qu'il a changé. Pour sa première importante sortie "urbi et orbi", en tant que directrice générale du FMI, Christine Lagarde a laissé une impression mitigée. Elle a tenu à préciser d'entrée, lors de la conférence de presse inaugurale de l'assemblée annuelle de son institution ce jeudi à Washington, qu'elle "ne faisait aucune différence entre les 187 états membres du FMI" que ses "staffs sont tenus d'assurer la même qualité de service à tous". Et que, de toute façon, "le sort de toutes les économies est lié". La suite rétablit les pesanteurs "naturelles". L'attention a été quasi monopolisée, les questions des journalistes aidant, par la conjoncture économique dans les pays avancés. Il est vrai que la crise vient de cet espace qui fait entrer le monde dans "une phase dangereuse", une phrase lancée en début de semaine par Olivier Blanchard, l'économiste en chef du FMI, et reprise uniformément par tous les intervenants du FMI et de la Banque mondiale. Mais alors face au danger qui monte, y a-t-il une touche Christine Lagarde ? "Le chemin de la reprise est devenu étroit. Mais il existe toujours" explique l'ancienne ministre française de l'économie. Pour le poursuivre elle propose quatre chantiers. Leur hiérarchie ne surprend personne. En tête, "la remise en état" des comptes. Celle, bien sûr, des finances publiques dans les pays pris sous le feu de leur dette souveraine. Mais pas seulement. Le bilan des ménages et le bilan des banques ne sont pas bons. Les premiers ne consomment plus et les secondes ne pourront bientôt ne plus prêter. Assainir est donc " la grande priorité". Les rythmes, les modalités dépendent d'un pays à l'autre. Rien de plus de ce qui est dit depuis plusieurs semaines. Le second chantier est celui d'une réforme endormie. Celle du secteur financier. Elle a été lancée à la fin de l'année 2008 après l'effondrement de Wall Street. Mais n'a jamais vraiment avancé depuis. Christine Lagarde suggère des recapitalisations importantes des banques en manque de fonds propres, y compris avec des fonds publics. Mais ici pas de conditionnalité argent contre réforme.... comme c'est le cas pour les Etats défaillants. "l'apport d'un volant de fonds propres supplémentaires aux banques" se dégage même, de manière très perturbante, comme le plus grand souci de la patronne du FMI. Argument: sans marge de manœuvre pour les banques pas de financement de la reprise.
Le soutien aux transitions arabes…"un signe d'espoir"
Les deux autres chantiers en "R" proposés par la directrice générale du FMI viennent dans la continuité de ce que demandent les pays du G7. Un rééquilibrage entre les pays excédentaires et les pays déficitaires. Les premiers - dont la Chine est le porte drapeau - doivent basculer plus vers une croissance portée par la demande de leurs marchés intérieurs. Dans les pays avancés Christine Lagarde évoque également une bascule de la demande publique vers la demande privée... qui ne se produit toujours pas à cause de la précarité des bilans des ménages, notamment aux Etats Unis. Le dernier chantier de Christine Lagarde pour élargir le chemin "devenu étroit" de la reprise", la Reconstruction. Une pensée généreuse pour les pays à faibles revenus pour qu'ils bénéficient d'une reconstitution de leurs marges budgétaires, les amortisseurs vis à vis des chocs extérieurs. Christine Lagarde a déclaré en conclusion "vouloir retrouver l'esprit du sommet de Londres de décembre 2008", ou les dirigeants politiques s'étaient montrés à la hauteur des enjeux avec le FMI de Dominique Strauss Kahn en facilitateur et en sherpa. Elle a du admettre que les instruments pour agir aujourd'hui sont plus réduits. Elle a soigneusement pris soin de lisser ses réponses aux journalistes sur le ressort cassé de la reprise et l'étendue des menaces sur l'économie mondiale. Elle a finit par répéter les formules apaisantes, voulant voir un signe d'espoir dans toutes sortes d'évènements comme, par exemple, la récente levée de fonds réussie - 38 milliards d'euros- au profit des transitions démocratiques arabes.
Pas une crise cyclique, mais un mouvement tectonique
Au final, l'impression laissée par Christine Lagarde, avenante et clairement heureuse d'être là, est celle d'une stagiaire au poste. Deux heures plus tard, elle confirmait ce sentiment sur le plateau d'une mondovision de BBC World. Le présentateur vedette de Débat, interrompra plusieurs fois les développements lénifiants de la directrice générale, piquée au vif. Tandis qu'à côté d'elle, le manager d'un puissant fonds d'investissement Mohamed El Arian, lui volait la vedette en allant avec éloquence au fond des choses: "Nous ne sommes pas devant une nouvelle crise cyclique. Nous sommes devant un mouvement tectonique marqué par le reflux des pays industriels et la montée des pays émergents". Le monde est entrain de changer. A la tête du FMI Christine Lagarde incarne à son corps défendant, l'ordre ancien. |
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