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Lundi, 27 Mars 2017

  •   Ihsane El Kadi
  • mardi 13 décembre 2016 06:55

Mohamed Tamalt : Assassins ? Assassins

L'Adieu à Mohamed Tamalt (dr) 

Le blog de Mohamed Tamalt est un pamphlet de l’urgence. Il a porté tort à son auteur. Dispersé ses faibles soutiens.  Détourné l’attention de son sort. Devait-il mourir pour cela ?

 

 J’ai découvert Mohamed Tamalt en octobre 2013. Tonitruant, il s’était distingué dans une conférence de presse de lancement du salon international du livre d’Alger en interpellant le commissaire du SILA « pourquoi vous invitez le terroriste Anis Neccache ? », libanais membre du commando de Carlos qui a pris en otage la conférence de l’OPEP à Vienne en 1973.

 J’ai rapporté cette péripétie dans un article de Maghreb Emergent. Deux jours plus tard sa silhouette épaisse déboulait au siège d’Interface Médias, l’agence qui édite Maghreb Emergent et RadioM.

Mohamed Tamalt ne voulait pas tant poursuivre la polémique Naccache que s’informer sur nos conditions de travail. Nous avons donc fait connaissance autour d’un café. Son projet était de rentrer de Londres pour lancer un pure player en arabe à Alger. Il est revenu quelques mois plus tard pour me donner des nouvelles de ses progrès, préciser certains coûts, prendre conseils. Toujours survolté.

 Mohamed Talmat m’a donné l’image d’un écorché vif. Un profil que j’ai beaucoup connu dans l’univers exacerbé du militantisme mais aussi du journalisme. Tout était motif à exaltation. Il se racontait facilement, disait l’indignation contre le régime algérien et répétait qu’à Londres, où il résidait depuis de longues années, il ne passait pas un jour sans qu’il ne tombe sur « les traces de la rapine et du banditisme de nos gouvernants ».

 Il piaffait de faire de cette position de vigie une ligne éditoriale de son pure player en chantier. Mohamed Tamalt paraissait ne doutait de rien. Surtout pas de sa bonne étoile. Jovial, déterminé, amusé de sa capacité à faire trembler son monde : « J’étais comme cela quand je travaillais ici. Ils m’ont donné une bourse de Master à Londres pour se débarrasser de moi. J’ai obtenu mon diplôme mais je n’ai pas changé. Ils ne feront pas taire avec cela. Quand je vois toutes les bourses qu’ils se partagent entre leurs enfants. J’ai continué à faire mon métier de journaliste de la même manière ».

C’est cette manière de faire du journalisme qui a sans doute laissé une distance entre Mohamed Tamalt. J’en étais resté à d’anciens papiers de correspondant de presse international, portant déjà l’empreinte du lanceur d’alerte à côté de celle du reporter. Ce n’est qu’à l’annonce de son arrestation à Alger en juin 2016 que je me suis intéressé à ses derniers blogs sur sa page Facebook. Indéfendable.

 Etait-il écrit dans la trajectoire de Mohamed Talmat de porter la charge dans ce style ? Celui du déballage à 360 degrés qui ne faisait pas la part du public et du privé, du responsable et de sa famille ? On ne le saura pas. Il avait cassé les codes du journalisme.

Emporté par ce qui était devenu visiblement l’obsession d’en découdre avec les puissants d’Alger, qui ne se refusaient rien. Pas même la renversante réhabilitation de Chakib Khellil, une violence faite aux Algériens qui alimente le déchainement de Mohamed Tamalt.

Ses dénonciations des responsables algériens sont bien susceptibles de susciter des plaintes pour diffamation. Car la description du factuel rapporté s’accompagne de «noms d’oiseaux » et d’extrapolations rageuses. Le blog est un pamphlet de l’urgence. Il a porté tort à son auteur. Dispersé ses faibles soutiens.  Détourné l’attention de son sort. Devait-il mourir pour cela ?

 Le pouvoir politique algérien a commis deux erreurs. Infamantes pour l’Histoire. Il a mis Mohamed Tamalt en prison pour un délit qui ne doit pas conduire à la détention, en 2016, dans les pays respectueux de la presse et des journalistes ; Il a persisté à le laisser en prison lorsque sa grève de la faim a clairement mis, dès la fin juillet, sa santé en danger.

 Ces deux procès expéditifs en première instance puis en appel disent la même chose. Affaire Benchicou en moins sophistiqué. Volonté d’embastiller. Représailles discrétionnaires. Les journalistes ne sont pas au-dessus de la loi. Justiciables comme les autres. Nous le demandions pour le général à la retraite Hocine Benhadid, détenu sans procès durant 9 mois.

Justiciable comme les autres. Pas moins. Mais pas plus non plus. L’acharnement judiciaire avec lequel a été traité le cas Tamalt lui a finalement coûté la vie. Il n’a pas renoncé à sa grève de la faim et ses geôliers n’ont pas renoncé à son embastillement. Avec suspicion de maltraitance. Une procédure de plainte est en cours contre le personnel pénitencier de Koléa suite à une blessure à la tête découverte sur Mohamed Tamalt par son frère à sa première visite à l’hôpital Lamine Debaghine (ex Maillot) de Bab El Oued.

Permis de visite, isolement, rejet des requêtes de la défense, jusqu’au bout l’appareil judiciaire a ajouté son zèle à l’injonction de l’appareil de sécurité au profit de l’autocrate vindicatif.  Il hérite pour une postérité des gémonies d’un journaliste mort en détention. Pour avoir porté atteinte au président de la République par ses écrits.

Le pouvoir politique algérien tue. Il sait qu’il ne doit pas puisqu'il aspire à une place dans le concert des nations de droit. Il tente de s’émanciper de ce mélange d’atavisme de « satrapes » et de cynisme d’administration blanche coloniale propre sur elle. Et échoue. Même sous Bouteflika après la guerre civile. Les 126 victimes du printemps noir en Kabylie sont restées impunies. Celles de janvier 2011 et les suivantes tout autant. Combats de rue ?

 Le pouvoir politique peut tuer de sang froid dans le huis clos d’une longue procédure. Mohamed Tamalt n’a pas échappé au sort qui guettait Mohamed Benchicou et Hocine Benhadid, pour ne citer que les plus connus des prisonniers politiques des années Bouteflika.  Bien sûr il n’y a rien de prémédité.  Personne n’a ordonné de laisser mourir Mohamed Tamalt pour des écrits aussi diffamants à l’encontre du président Bouteflika peuvent-ils être. C’est la posture du pouvoir qui est, encore, ainsi faite. Elle répond par la logique brutale des représailles judiciaires au lieu du droit. Elle porte ainsi la survenance de l’homicide en elle. Et s’apprête aussi à passer à autre chose.

Mohamed Tamalt ne viendra plus à Interface Médias me demander comment lancer un journal en ligne. En prison, il a choisi de ne pas plier. L’avenir dira si son geste était désespéré. Ou si à l’inverse il porte une lumière, celle  qui protègera à jamais l’intégrité physique des détenus. Le droit du justiciable. La dignité du pouvoir politique.

Je regrette profondément que, nous, ses confères, n’ayons pas compris dès les premiers jours de sa grève de la faim ce qui se jouait. Pas saisi qu’il fallait dépasser la véritable controverse sur ses blogs indéfendables. Pour se concentrer sur l’urgence. Un rapport de force écrasant qui s’apprêtait à le laminer.

 A 42 ans, la tête tumultueuse de vie. Nous avons été encore moins solidaires avec Mohamed Tamalt que les officiers à la retraite l’ont été avec Hocine Benhadid resté 9 mois sans jugement. Oubliant que la chaine de pouvoir algérien est faite de politiques, de sécuritaires et de fonctionnaires propres sur eux. Mais qu’elle tue. Nous avons donc subi l’irréparable, laissé mourir un journaliste en prison. Pour que cela ne soit pas totalement absurde, parce que ça l’est. Il reste encore à répéter à ses geôliers ce qu’ils sont: des Assassins. 


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10 Commentaires

  • SI TAYEB LOUH a une once de sens moral il devrait donner sans tarder sa démission

    Cordialement, GUENZET SOFIANE, inventeur des technologies de la biométrie et du Système Bancaire Biométrique SAOIB31 et applications dérivées

    Rapporter GUENZET SOFIANE vendredi 16 décembre 2016 17:05
  • Il n.y'a rien a dire, tout a été dit sur ce pouvoir assassin qui a tout acheté dans cette malheureuse Algerie.
    L.armée, la justice , la police sont soumis au clan de oujda qui règne depuis plus d.un demi siècle sans partage après avoir ete installé par la France en 1962.
    Ils ont détourné la révolution, trahi les vrais héros pour faire de notre pays Amazigh , pays arabe en falsifiant l.histoire , arabisant de force et tuant tous ceux qui bougent.
    Ce n.est un secret a tout le monde, l.algerie est gérée par les voyous sans foi ni loi.

    Rapporter aomar halit mercredi 14 décembre 2016 07:22
  • N'importe quoi. C'est aussi mal écrit que les torchons de l'intéressé , un psychopathe que l'on veut faire martyre.

    Rapporter Ali zen mardi 13 décembre 2016 23:37
  • Tout ça parce que les journalistes ,le monde des medias n'ont pas tiré la lecon de l'assassinat du journaliste de"province" BELYARDOUH, Les deux morts ont ceci de communs qu'elles sont la suite logique d'une Hogra poussée à son paroxysme;
    Exercée par un potentat local pour l'un et par un systéme judiciaire autiste et vindicatif sur l'autre;
    Mais peut il en etre autrement quand on sait que le SNJ est devenu l'ombre de lui meme ?
    Le chemin de croix est encore long pour les gens du mmetier;; Quant à TAMALT Il aura continué à les deranger meme aprés sa mort. Qu'il repose en paix

    Rapporter KIMAGALEK mardi 13 décembre 2016 23:04
  • Qu'attendre de ce pouvoir issu du clan qui s'est installé en 1962 par la force et par le sang et qui a mis en place un système corrompu et injuste qui a confisqué l'indépendance de l'Algerie et privé les algériens de liberté ?
    Pour se maintenir au pouvoir il a torturé et massacré des centaines de milliers de gens depuis la guerre jusqu'à aujourd'hui en passant par la répression des années 90.
    Paix à l'âme de ce juste.
    Mohamed Tamalt mort pour une noble cause.

    Rapporter El abrar mardi 13 décembre 2016 21:41
  • c'est là ( l'article) une lucidité forte. tout est dit dans la clarté la plus totale. ce pays ne peut pas avoir d'avenir sous cette gouvernance.

    Rapporter tarek draoui mardi 13 décembre 2016 17:58
  • Heureusement, qu'il y a des voix comme la votre, qui s'élèvent pour nous rassurer qu'il est possible de faire plier la brutalité des assassins qui se cachent derrière l'ordre, en les dénonçant publiquement.

    Rapporter Abbar mardi 13 décembre 2016 15:29
  • Bah, rien de nouveau. Le crime de lèse majesté a longtemps été puni de mort....

    Rapporter Truc mardi 13 décembre 2016 13:55
  • Un bel hommage à Mohamed Tamalt l'écorché vif, le diseur de vérités sur les innommables qui jouiissent et de réjouissent de la manne pétrolière pendant que le peuple traine sa mal vie au quotidien et que les intellectuels meurent d'avoir dit et de ne pas etre écoutés par les puissants. Leur voix meutrie ne portait pas assez pour etre entendue du peuple qui reste ignorant de leur sacrifice voire même de leur existence.

    Rapporter Ait Salem mardi 13 décembre 2016 10:22
  • les journalistes , les médias, la société civile,par leur silence , le pouvoir tous sont complices dans l'assassinat de Tamalt

    Rapporter DZ mardi 13 décembre 2016 08:37
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