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| Smaïn Kouadria, S.G du syndicat d’Arcelor Mittal «Il est temps d’envisager un accord de partenariat à 51%-49% » |
Le secrétaire général du syndicat d’Arcelor Mittal Annaba, Smaïn Kouadria, dresse un bilan assez mitigé de l’accord signé par l’État algérien et IPSAT en 2001. Par là même, il réclame le respect des engagements devant être tenus par la direction du complexe. Un rappel des dernières revendications de la partie syndicale? Au mois de mai dernier, la fédération nationale des travailleurs de la métallurgie, de la mécanique, de l’électrique et de l’électronique ((FNTMMEE) a négocié un avenant à la convention de branche et ce dans le cadre des dispositions arrêtées par la Tripartite. Cet avenant porte principalement sur l’augmentation de 13% à 20% des salaires et sur la révision des régimes indemnitaires. Un taux d’augmentation légitime, puisque l’entreprise génère d’intéressants bénéfices. La plateforme transmise à l’employeur pour l’alignement, n’a pas été retenue par la direction d’Arcelor Mittal. Tous les moyens de dialogue utilisés se sont révélés vains. Les raisons : les dispositions du cadre juridique et l’espace constitutionnel de la Tripartite, dont un représentant du patronat y est évidemment présent, n’ont pas été reconnues et ni mises en application par la direction d’Arcelor Mittal. Cette situation de blocage a abouti à la grève du mois de juin.
Depuis la signature d’un pacte avec le patronat au mois de juillet 2009 relatif à la moralisation, à l’éthique, à plus de transparence dans les transactions et à la mise en place de mécanisme de motivation pour améliorer la production et instaurer plus de rigueur au travail, tous les paramètres qui étaient au rouge sont passés au vert. Le bilan dressé tout récemment indique effectivement une amélioration de la productivité. Les dépenses de l’entreprise ont diminué de 50%. La mise au mil s’est grandement améliorée. Les ventes ont augmenté. Les accidents de travail ont diminué. Au mois de juillet 2009 le ratio employé/quantité d’acier produit était de 73 tonnes d’acier par agent. Cette année, il est de 114 tonnes d’acier. Ce sont des indicateurs qui confirment donc une croissance soutenue des activités de l’entreprise depuis 1 an et par conséquent la qualité et les capacités des travailleurs algériens qui y exercent.
Lors des conclusions de l’accord de partenariat avec ISPAT (l’ancienne appellation d’Arcelor Mittal) en octobre 2001, nous étions environ 12 000 travailleurs. Dans cet accord de partenariat, l’investisseur Mittal s’était engagé à maintenir les effectifs et même à en créer. Au terme de 9 années d’activité, nous sommes aujourd’hui environ 6000 employés et aucun poste de travail n’a été créé. De même, l’objectif d’atteindre une production de 1,5 millions de tonnes d’acier par an durant les 5 premières années ne s’est pas encore concrétisé. Aujourd’hui, nous en sommes à seulement 1,1 millions. De plus, le programme d’investissement qu’ISPAT s’est engagé à réaliser, n’a jamais été respecté. Sur les 175 millions de dollars d’investissement promis, à peine une centaine de millions a été mobilisée. La validité de la convention prend fin en 2011 et tous les engagements signés par ISPAT en 2001 n’ont pas été respectés. Pour ne prendre que l’augmentation des salaires, Arcelor Mittal a largement les moyens aujourd’hui d’honorer ses engagements. Les avantages fiscaux et parafiscaux, les facilitées accordées à l’investisseur par les pouvoirs publics, notamment à travers les bas coûts des lubrifiants, des huiles, de l’électricité, de l’eau, et la priorité au niveau du port, permettent à l’entreprise d’engranger d’importants bénéfices De même, les niveaux de salaires entre un salarié algérien et un salarié européen n’est en rien comparable. Un aciériste algérien perçoit un salaire mensuel d’environs 400 euros. Son confrère français gagne environ 3000 euros le mois. C’est donc une main d’œuvre quasi gratuite, et si vous ajoutez à cela tous les avantages pré cités ainsi que le manque d’investissement, on peut mesurer l’ampleur des avantages qu’Arcelor Mittal tire de cette situation, à tous égards privilégiée.
Sans aucun doute, il est comparable dans la mesure où l’on prend en compte tous les éléments de facilité que j’ai cité : les faibles salaires, le niveau de production atteint, les mesures d’accompagnement que l’État à mis à disposition à l’investisseur…. Je peux affirmer que le rendement est presque comparable à ceux des autres filiales d’Arcelor Mittal en Europe, spécialement celles d’Europe de l’Est - la Pologne, la Tchéquie, la Roumanie - où le rendement est moindre que celui de Annaba.
Si on effectue une brève rétrospective des conditions dans lesquelles le complexe a été cédé, les discussions qui ont débuté en 1997, juste après l’application du plan d’ajustement structurel recommandée par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM), les pouvoirs publics ont négocié en position de faiblesse dans un contexte qui n’était pas favorable. Ils ont donc cédé le capital majoritaire à ISPAT, à 70%, et l’État ne possède que 30%. Si on établit le bilan des 9 dernières années, presque 10, on constate que l’État régulateur économique durant toute cette période a été absent. D’ailleurs la représentation des pouvoirs publics au niveau du Conseil d’Administration ne pèse pas d’un grand poids sur la marche des affaires de l’entreprise. Les deux administrateurs qui y siègent font quelque peu figure d’observateurs seulement. De plus, au niveau des compétences professionnelles, l’apport Arcelor Mittal est mince et n’a rien ramené de bien concret. L’usine tourne grâce au savoir-faire algérien. La main d’œuvre et l’encadrement sont algériens. Il n’y a qu’une vingtaine de cadres étrangers qui gèrent des portefeuilles plus sensibles, finances, ressources humaines. Je crois qu’il est temps que l’État renégocie cette formule. Il faut qu’il ait un droit de regard sur la gestion de cette entreprise. Du moins, revoir la proportion du capital et la situer à 51%-49%.
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