Il y a 60 ans, en 1965, Habib Bourguiba, premier président de la Tunisie indépendante, déployait une stratégie audacieuse qui allait marquer l’histoire. Entre négociations politiques complexes, gestion des réfugiés et élaboration d’un plan de partage visionnaire, Bourguiba a su naviguer dans un environnement international tumultueux pour défendre les intérêts de son pays. Cet article revient sur cette période charnière, analysant les différentes facettes de la stratégie de Bourguiba et leur impact sur le destin de la Tunisie.
Plongez-vous dans cette époque fascinante et découvrez comment un leader peut influencer le cours de l’histoire.
La position controversée de Bourguiba en 1965
En 1965, le président tunisien Habib Bourguiba a secoué le monde arabe avec une proposition audacieuse : la reconnaissance d’Israël et l’ouverture de négociations de paix. Cette déclaration, révélée par Ahmed Nadhif dans son livre « Troisième exil : la présence palestinienne en Tunisie (1974-1994) », a suscité un intérêt particulier de la part de l’État israélien.
Alors que Bourguiba était critiqué par les médias arabes, il était salué par la presse occidentale et même envisagé pour le prix Nobel de la paix, avec un soutien potentiel d’Israël. Ce chapitre de l’histoire met en lumière les jeux d’influence diplomatique de l’époque.
Le plan de partage de l’ONU et la question des réfugiés selon Bourguiba
Bourguiba a précisé sa position en avril 1965, appelant à un retour aux frontières du plan de partage de l’ONU de 1947. Cette proposition impliquait le retrait d’Israël de certaines zones, dont le nord de la Galilée et Jérusalem-Ouest, tout en revendiquant le droit au retour des réfugiés palestiniens. Israël, cependant, a adopté une approche prudente.
Le Premier ministre Levi Eshkol a déclaré que son pays était prêt à envisager la paix sur la base des lignes d’armistice de 1949, avec des modifications mineures, mais sans le retour des réfugiés. Cet épisode souligne les subtilités des jeux diplomatiques de l’époque.
La stratégie d’Israël pour soutenir la candidature de Bourguiba
En 1965, Israël a envisagé de soutenir la candidature de Bourguiba au prix Nobel de la paix, malgré les faibles chances de succès. Les autorités israéliennes ont posé une condition : que Bourguiba sache que le soutien provenait d’Israël.
Pour soumettre officiellement la candidature sans exposer Bourguiba, Israël a choisi de passer par un intermédiaire, le président de l’université du Brésil. L’objectif n’était pas tant d’obtenir le prix que de signaler à Bourguiba que l’État hébreu était derrière l’initiative. Cette stratégie révèle l’attention particulière qu’Israël portait à une voix jugée dissidente dans le monde arabe.



